Les pôles de compétitivité Français en biotechnologies de la santé

Introduction Le 12 juillet 2005, le CIADT (Comité Interministériel de l’Aménagement et du Développement du Territoire) labellise 67 Pôles de Compétitivité sur 105 dossiers examinés suite à l’appel à candidature. L’initiative d’Appel à Projet a permis de sélectionner une première série de propositions pour la constitution de pôles fondés sur des partenariats publics/ privés pouvant impliquer les entreprises, les organismes de recherche et de formation, les établissements financiers, les collectivités territoriales, l’État et l’Europe dans le champ des technologies structurantes et des activités industrielles pour lesquelles la France est spécialisée ou bénéficie de potentialités avérées. Au niveau des biotechnologies, de multiples pôles couvrent des domaines de recherche et d’innovations divers. L’objet de cet article est tout d’abord de présenter le concept de pôle de compétitivité puis les pôles impliqués dans le domaine de la biotechnologie et de la santé, et enfin d’analyser les conséquences de l’existence de ces pôles. 1° Principe du pôle de compétitivité – Exemples étrangers Fondé sur un principe de proximité géographique, facteur de compétitivité, le développement des réseaux d’entreprises dans le monde constitue un exemple pour l’industrie française. Ces réseaux consistent tout d’abord à permettre une simple mise en commun de certaines fonctions, telles que les tâches de marketing par exemple, afin de diminuer les coûts de production. Cependant, différents niveaux de partenariat existent et diffèrent en fonction des pays industrialisés. Le modèle des districts italiens par exemple repose originellement sur une mise en commun des moyens de production. Ce modèle a évolué pour progressivement mettre en place des centres de service très complets regroupant des compétences au niveau financier, des formations et des techniques. L’une des limites actuelles de ce type de pôles est l’ouverture sur l’international. On peut citer comme exemple de districts technologiques italiens spécialisés en Biologie : le district de Lombardie spécialisé en biotechnologies, informations et nouveaux matériaux et celui de Frioul-Vénétie-Julie spécialisé en biomédecine moléculaire. Au-delà de ce modèle italien, on peut évoquer le concept de “cluster” qui reste le modèle le plus abouti de réseaux d’entreprises. Le cluster prend souvent la forme d’une agglomération d’entreprises en tissus industriels partageant une activité similaire. Il crée des synergies entre différents acteurs (recherche et entreprises), suscite une croissance endogène et joue un rôle d’aimant en terme d’attractivité. On peut citer comme exemple de cluster la “silicon Valley” mais aussi celui de la Catalogne notamment en biotechnologies ou encore, le Technion d’Israel qui a permis l’éclosion de pépinières d’entreprises, d’incubateurs et qui s’est spécialisé en chimie, matériaux, biotechnologies et santé. Le système de clusters concerne aussi les pays émergents tels que la Chine qui a notamment créé les ZDIHT (Zones de Développement Industriel de Haute Technologie) regroupant 54 parcs de hautes technologies depuis 1988. – Concept français du pôle de compétitivité Au niveau français, l’idée de créer des réseaux d’entreprises ou clusters n’est pas nouvelle. Sophia Antipolis, près de Nice, est un des exemples les plus aboutis des années 80 de développement de technopole. La définition d’une nouvelle politique industrielle en 2002 a considérablement modifié la notion de pôle de compétitivité. En effet, de manière générale, le pôle de compétitivité français ne se contente pas d’une juxtaposition d’acteurs économiques et scientifiques mais se fonde sur une démarche partenariale et sur la définition des projets communs et innovants. Le pôle n’est pas uniquement un moyen de réduire les couts de certaines fonctions telles que l’achat de matières premières mais aussi de prendre appui sur des structures matérielles et immatérielles existantes en y ajoutant de l’intelligence économique pour assurer une veille technologique et marketing, une politique d’export et de communication commune. Ainsi l’existence des pôles doit permettre la mise en place de véritables plates-formes technico-économiques associant industrie, recherche et enseignement supérieur. 2° Les pôles de compétitivité en biotechnologies de la Santé – Pôles mondiaux – Medicen Paris Région L’ambition de ce pôle est de devenir le premier cluster industriel européen dans le domaine de l’innovation thérapeutique. Pour cela, le pôle rassemble plus de 800 entreprises qui emploient 46000 personnes avec de grands industriels de la pharmacie et des technologies de santé (Sanofi-Aventis, Servier, Ipsen, GSK et Pierre Fabre entre autres), la grande majorité des 150 jeunes sociétés de biotechnologies et d’équipements médicaux de la région, des organismes de recherches variés, des universités (notamment le pôle de recherche et d’enseignement supérieur Paris Sud) et diverses grandes écoles. Ces capacités placent directement l’ Ile de France en concurrence avec des pôles mondiaux comme Londres, Boston et la côte ouest des Etats-Unis. L’un des enjeux essentiels du projet consiste à donner une lisibilité aux actions menées par un très grand nombre d’acteurs et à organiser avec efficacité leur collaboration. Les thématiques prioritaires de ce pôle regroupent les maladies du système nerveux central, les cancers, les maladies infectieuses, les thérapies moléculaires et cellulaires, l’imagerie biomédicale et les sciences et techniques du médicament. De septembre 2005 à avril 2007, le pôle medicen a d’ores et déjà sélectionné 18 projets collaboratifs faisant intervenir 43 sociétés de biotechnologies. – Lyon biopole Le pôle de compétitivité Lyon Biopole s’articule autour des compétences complémentaires des villes de Lyon et Grenoble en matière de santé et plus particulièrement de la lutte mondiale contre les maladies infectieuses. Ces compétences sont plus particulièrement liées la production industrielle à grande échelle et la biologie fonctionnelle pour Lyon et la biologie structurale et les microtechnologies pour Grenoble. La région Rhône-Alpes compte ainsi 2500 chercheurs en maladies infectieuses (répartis également entre le secteurs privé et public) et 4000 chercheurs en micro et nanotechnologies à Grenoble dont 300 spécialisés dans les applications santé. Lyon Biopole est présidé par Philippe Archinard, Président de Transgène, Directeur scientifique de Mérieux Alliance, Président de France-Biotech. Le pôle rassemble près de 450 entreprises : des industriels leaders mondiaux tels que Sanofi-Pasteur, Mérial, BioMérieux et BD que des sociétés de biotechnologies de type PME et Starts-ups (OPi, Protein’expert, Genzyme, Transgene, Flamel technologies, genOway. De plus,le pôle profite de la présence de grands équipements (Laboratoire P4, ESRF, EMBL, IBS, ILL) et d’un réseau de partenaires régionaux (cancéropoles, technopoles, génopoles et agences régionales telles que l’ARTEB ou l’ADEBAG). – Pôles à vocation mondiale Innovations thérapeutiques Ce pôle se fonde non seulement sur l’excellence de l’Alsace dans tous les domaines des sciences sur lesquelles reposent la médecine et les médicaments de demain : sciences de la vie, sciences chimiques, sciences physiques et sciences de l’information, de la robotique et de la communication, mais aussi une forte tradition d’interactions entre ces disciplines. L’Alsace a identifié la filière biotechnologies/santé comme un des axes à promouvoir avec notamment la création et le soutien constant de BioValley, cluster trinational (franco-germano-suisse) dans les sciences de la vie. La filière « innovations thérapeutiques » représente 300 sociétés qui totalisent 27000 emplois. Elle est particulièrement composées de jeunes PME performantes. La mise en place de ce pôle a pour objectif de reconvertir l’Alsace vers les industries de la pharmacie, des biotechnologies et de l’instrumentation médicale, en tirant parti du fort potentiel scientifique académique disponible pour attirer des implantations industrielles, sur la base de 2 approches parallèles : – de la génomique à la chimie : développement et ouverture industrielle des plates-formes de l’université Louis Pasteur (chimie, génomique, criblage moyen-haut débit) et de l’IGBMC (clinique de la souris) – instrumentation médicale : projets bases sur l’IRCAD, en partenariat avec Storz et éventuellement Alcatel (télémédecine). – Pôles nationaux – Atlantic Biotherapies Ce pôle de compétitivité des biotechnologies de la santé est centré sur les villes de Nantes et d’Angers. Il rassemble 31 entreprises pour plus de 700 emplois et 28 unités mixte de recherche adossées à 2 CHU, 2 centres de lutte contre le cancer et 2 universités. L’objectif principal du pôle est de renforcer et de mettre en cohérence les projets de recherche et développement dans les biothérapies et regroupant la thérapie cellulaire et génique, les méthodes thérapeutiques reposant sur l ’immunologie et l’ingénierie moléculaire, cellulaire et tissulaire. Cette mise en cohérence des différents projets a pour but de proposer une offre globale aux patients. Pour cela, le pôle s’intéresse aux différentes étapes de la chaîne de médicament : – la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques – la vectorisation et le transport d’agents biologiques – la bioproduction – l’évaluation pré-clinique et clinique Afin de parvenir à ces objectifs, la région possède plusieurs installations préindustrielles de dimensions internationales telles que le Centre d’Investigation Clinique en Biothérapies, une unité de thérapie cellulaire et génique du CHU de Nantes, une unité de production de vecteurs viraux ou encore le futur Cyclotron. – Prod’Innov Prod’innov est un pôle qui rapproche des acteurs de l’agro-alimentaire et du secteur pharmacie-santé. Les thématiques développées s’inscrivent dans une logique industrielle, depuis l’aliment-santé jusqu’aux biomédicaments. L’objectif de ce pôle aquitain est de renforcer les échanges entre les secteurs agro-alimentaires, biotechnologiques et pharmaceutiques afin d’accélérer le développement de produits, de procédés et d’anticiper les évolutions telles que celles liées à la qualité et la sécurité alimentaire. L’Aquitaine possède une expertise industrielle forte au niveau des techniques de production biologiques et pharmaceutiques ainsi que dans les technologies de conservation. Les filières alimentaires et pharmaceutiques rassemblent 220 entreprises et près de 35000 emplois directs. Parmi les leaders du secteur en Aquitaine et qui interviennent au niveau de ce pôle, on peut citer Sanofi-Aventis, Bristol Myers Squibb, Pierre Fabre par exemple au niveau pharmaceutique et Bonduelle, Lesieur ou Lu Danone au niveau du secteur agro-alimentaire. La recherche publique, quant à elle, est représentée par de multiples instituts rassemblant 870 chercheurs, parmi lesquels on peut citer l’institut de neurosciences, l’institut Bergonié, l’institut européen de Chimie et Biologie ou le centre QUALIS pour la sécurité sanitaire des aliments. – Orphème Les régions Languedoc-Roussillon et PACA ont réuni leurs projets dans l’objectif d’obtenir un label “pôle de compétitivité” pour donner naissance à ce nouveau pôle sur les pathologies émergentes et les maladies orphelines. Outre les objectifs de transfert de technologies et de coopération, de la recherche public-privé, le pôle ambitionne d’augmenter le nombre de création d’entreprises chaque année, d’accroître les effectifs de production industrielle de médicaments notamment via une croissance de l’implantation de Sanofi-Aventis à Montpellier et de développer des plates-formes communes d’investigation. Pour accompagner cet élan, l’agglomération de Montpellier a ainsi créé un hôtel d’entreprises et a étendu le parc euromédecine (216 entreprises ou organismes liés au secteur biomédical soit près de 6000 emplois). La région possède de plus une forte compétence en bioinformatique avec IBM, un des principaux centres de calcul (CINES) et une expertise marquée dans le domaine des neurosciences. – Nutrition, santé et longévité Parmi les différents secteurs à forte croissance dans les biotechnologies, le secteur des aliments-santé, affilié à l’agro-alimentaire, occupe une place importante. Le développement majeur de ce marché est notamment lié aux nouvelles réglementations, à l’évolution démographique, au vieillissement de la population et du développement de l’obésité, du diabète et de maladies métaboliques. Le projet du pôle « nutrition Santé Longévité » fédère 20 entreprises du Nord-Pas-de-Calais et de nombreuses institutions de recherche en Biologie-Santé dans la région autour de 2 thématiques majeures : – « nutrition Santé » via le développement de partenariat entre les établissements publics, les sociétés de biotechnologies et les établissements de l’agro-alimentaire. – « vieillissement » se focalisant sur l’identification des protéines et gènes impliqués dans le but de développer des marqueurs prédictifs ainsi que des cibles thérapeutiques contribuant à la mise en place de traitements innovants. Les entreprises du pôle emploient 8200 personnes en région Nord-Pas-de-Calais et près de 900 chercheurs – Cancer Bio-Santé Midi-Pyrénées est une des rares régions à disposer d’une chaine intégrée pour le traitement du cancer (recherche fondamentale, recherche technologique, recherche clinique, industrialisation). Dans le secteur aliment-santé, Midi-Pyrénées possède une expertise internationalement reconnue et les institutions académiques et de recherche ont noué depuis longtemps des liens étroits avec l’industrie. Ainsi, la création du pôle Cancer-Biosanté s’appuie sur un potentiel de 3650 chercheurs publics et privés et plus de 200 entreprises regroupant plus de 15000 personnes. Différents pôles vont ainsi s’établir progressivement sur l’ancien site de l’usine AZF : – un centre de recherche privée regroupant notamment les entreprises Sanofi-Aventis et les laboratoires Pierre Fabre pour un total de 1800 emplois. – Un centre clinique constitué du centre de lutte contre le cancer Claudius Régaud, du service oncologie du CHU et d’une « maison du cancer » – Un centre de recherche publique (400 chercheurs à terme) orienté vers l’évaluation des techniques et procédures innovantes Ces pôles regrouperont à la fois des acteurs du secteur des biotechnologies, pharmaceutiques, alimentaire et informatique/développement technologique. La direction de ce pôle a enfin souhaité se doter d’une structure d’évaluation s’appuyant sur l’Institut d’Economie Industrielle de Toulouse 3° Quels effets et quel avenir pour les pôles de compétitivité ? – L’emploi induit par les pôles de compétitivité La mise en place des pôles de compétitivité dans les régions avait entre autres pour objectif d’y générer des emplois. Selon une étude de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres), à l’horizon 2015, l’effet des pôles sur l’emploi ne peut être nul et devrait se faire sentir dans toutes les régions. Selon un scenario “optimiste” dépendant de contextes internationaux, nationaux et régionaux, près de 500000 emplois cadres devraient être créés au total entre 2010 et 2015, les pôles contribuant pour une part importante (près de 30%) à ce total. Le classement des régions en terme d’emplois cadres sera différent de celui observé en 2006. Certaines régions devraient tirer profit de l’effet « pôles » plus que d’autres. Ainsi, Rhône-Alpes, Ile de France, Pays de la Loire et Midi-Pyrénées seront des régions gagnantes aussi bien en termes de taux de croissance annuelle que de nombre d’emplois créés. Dans des régions comme l’Auvergne, le Nord-Pas-de-Calais et le Limousin, l’effet induit par des pôles de compétitivité ne parviendrait pas à pallier une tendance de l’emploi cadre fondamentalement peu favorable. – Quels défauts à corriger ? 18 mois après leur mise en place, le cabinet KPMG a publié les résultats d’une étude qualitative menée pour la première fois, auprès de 40 pôles de compétitivité représentatifs de tout le territoire français. KPMG observe notamment que les pôles doivent mettre en place de bonnes pratiques et de bons outils pour la création et la gestion de nouveaux projets. Ainsi sont pointées du doigt une meilleure vision stratégique, une implication plus radicale des relations entre entreprises, recherche et formation, une ouverture aux savoir et savoir-faire, une valorisation des résultats économiques du projet. Parmi les principaux constats, KPMG observe que la stratégie internationale et la veille concurrentielle sont insuffisamment maitrisées. De plus, le volet formation ne semble pas être intégré aux pôles notamment en raison de l’absence d’écoles de commerce. Un autre point important présenté par le cabinet KPMG est la réticence des entreprises à coopérer entre elles au niveau de l’innovation, de leurs savoir, leurs ressources et les résultats de leur recherche. Cependant, il est clair qu’une bonne coopération est largement bénéfique à la réussite de ces pôles et qu’elle peut même être considérée comme un facteur de valorisation auprès de leurs adhérents. Ainsi les principaux points à améliorer sont l’appropriation de la stratégie, la rapidité d’instruction des aides, les relations entre les acteurs et la communication avec l’international. Malgré les améliorations nécessaires à apporter aux pôles de compétitivité, la moitié des entreprises participant à ces pôles considère que ceux-ci, via l’amélioration de l’innovation, leur permettront une meilleure compétitivité internationale et souhaite s’investir plus fortement dans le fonctionnement des pôles. Sources : – Site officiel des pôles de compétitivité www.competitivite.go… – Sites des différents pôles présentés Medicen Paris région : www.medicen.org/ Lyon Biopole : www.lyonbiopole.com/ Innovations thérapeutiques : www.alsace-biovalley… Atlantic Biotherapies : www.atlantic-biother… Prod’Innov : www.prodinnov.fr/ Orphème : www.orpheme.org/ Nutrition, santé et longévité : www.pole-nsl.org/ Cancer Biosanté : www.canceropole-toul… APEC : www.apec.fr KPMG : www.kpmg.fr «